—Je crois que vous vous trompez, mon frère, dit le cardinal, le peuple et la noblesse eussent vu, dans cette réunion des deux frères, un guet-apens contre la famille. Comme nous le disions tout à l'heure, nous devons, avant toute chose, éviter de jouer le rôle d'usurpateur. Nous héritons, voilà tout. En laissant le duc d'Anjou libre, la reine mère indépendante, nous nous faisons bénir de tous et admirer de nos partisans, et nul n'aura le plus petit mot a nous dire. Sinon, nous aurons contre nous Bussy et cent autres épées fort dangereuses.
—Bah! Bussy se bat demain contre les mignons.
—Parbleu! il les tuera: la belle affaire! et ensuite il sera des nôtres, dit le duc de Guise. Quant à moi, je le fais général d'une armée en Italie, où la guerre éclatera sans nul doute. C'est un homme supérieur et que j'estime fort, que le seigneur de Bussy.
—Et moi, en preuve que je ne l'estime pas moins que vous, mon frère, si je deviens veuve, dit la duchesse de Montpensier, moi, je l'épouse.
—L'épouser, ma soeur! s'écria Mayenne.
—Tiens, dit la duchesse, il y a de plus grandes dames que moi qui ont fait plus pour lui, et il n'était pas général d'armée à cette époque.
—Allons, allons, dit Mayenne, nous verrons tout cela plus tard; à l'oeuvre maintenant!
—Qui est près du roi? demanda le duc de Guise.
—Le prieur et frère Gorenflot, à ce que je crois, dit le cardinal. Il faut qu'il ne voie que des visages de connaissance, sans cela, il s'effaroucherait tout d'abord.
—Oui, dit Mayenne, mangeons les fruits de la conspiration, mais ne les cueillons pas.