—Quoi!

—Regarde ma carte géographique, et juge. Voici d'abord l'Anjou, qui ressemble assez à une tartelette; tu vois? c'est là que ton frère s'est réfugié; aussi je lui ai donné la première place, hum! L'Anjou, bien mené, bien conduit, comme vont le mener et le conduire ton grand veneur Monsoreau et ton ami Bussy, l'Anjou, à lui seul, peut nous fournir, quand je dis nous, c'est à ton frère, l'Anjou peut fournir à ton frère dix mille combattants.

—Tu crois?

—C'est le minimum. Passons à la Guyenne. La Guyenne, tu la vois, n'est ce pas? la voici: c'est cette figure qui ressemble à un veau marchant sur une patte. Ah! dame! la Guyenne, il ne faut pas t'étonner de trouver là quelques mécontents; c'est un vieux foyer de révolte, et à peine les Anglais en sont-ils partis. La Guyenne sera donc enchantée de se soulever, non pas contre toi, mais contre la France. Il faut compter sur la Guyenne pour huit mille soldats. C'est peu! mais ils seront bien aguerris, bien éprouvés, sois tranquille. Puis, à gauche de la Guyenne, nous avons le Béarn et la Navarre, tu vois? ces deux compartiments qui ressemblent à un singe sur le dos d'un éléphant. On a fort rogné la Navarre, sans doute; mais, avec le Béarn, il lui reste encore une population de trois ou quatre cent mille hommes. Suppose que le Béarn et la Navarre, très-pressés, bien poussés, bien pressurés par Henriot, fournissent à la Ligue cinq du cent de la population, c'est seize mille hommes. Récapitulons donc: dix mille pour l'Anjou.

Et Chicot continua de tracer des figures sur le sable avec sa baguette.

Ci. 10,000
Huit mille pour la Guyenne, ci. 8,000
Seize mille pour le Béarn et
la Navarre, ci. 16,000

Total 34,000

—Tu crois donc, dit Henri, que le roi de Navarre fera alliance avec mon frère?

—Pardieu!

—Tu crois donc qu'il est pour quelque chose dans sa fuite?