Mais on le guettait, et, comme nous l'avons vu, on annonça son retour au roi. Voyant qu'il n'y avait pas moyen d'échapper à la mercuriale, il aborda le seuil, tout confus.
—Ah! te voilà enfin! dit Henri; viens ici, malheureux, et vois les amis.
D'Épernon jeta un regard tout autour de la chambre, et fit signe qu'effectivement il avait vu.
—Vois tes amis, continua Henri: ils sont sages, ils ont compris de quelle importance est le jour de demain; et toi, malheureux, au lieu de prier comme ils ont fait, et de dormir comme ils font, tu vas courir le passe-dix et les ribaudes. Cordieu! que tu es pâle! et la belle figure que tu feras demain, si tu n'en peux déjà plus ce soir!
D'Épernon était bien pâle, en effet, si pâle, que la remarque du roi le fit rougir.
—Allons, continua Henri, couche-toi, je le veux! et dors. Pourras-tu dormir, seulement?
—Moi? dit d'Épernon comme si une pareille question le blessait au fond du coeur.
—Je te demande si tu auras le temps de dormir. Sais-tu que vous vous battez au jour; que, dans cette malheureuse saison, le jour vient à quatre heures? il en est deux; deux heures te restent à peine.
—Deux heures bien employées, dit d'Épernon, suffisent à bien des choses.
—Tu dormiras?