—Aussi, sire, dit d'Épernon, me voyez-vous aguerri. J'ai aussi fort mal songé cette nuit; mais, malgré le songe, le bras est bon et le coup d'oeil perçant.
Et il se fendit contre le mur, auquel il fit une entaille avec son épée fraîche émoulue.
—Oui, dit Chicot, vous avez rêvé que vous aviez du sang à vos bottes; ce rêve-là n'est pas mauvais: il signifie que l'on sera un jour un triomphateur dans le genre d'Alexandre et de César.
—Mes braves, dit Henri, vous savez que l'honneur de votre prince est en question, puisque c'est sa cause, en quelque sorte, que vous défendez; mais l'honneur seulement, entendez-vous bien? Ne vous préoccupez donc pas de la sécurité de ma personne. Cette nuit, j'ai assis mon trône de manière que, d'ici à quelque temps du moins, aucune secousse ne le puisse ébranler. Battez-vous donc pour l'honneur.
—Sire, soyez tranquille; nous perdrons peut-être la vie, dit Quélus; mais, en tout cas, l'honneur sera sauf.
—Messieurs, continua le roi, je vous aime tendrement, et je vous estime aussi. Laissez-moi donc vous donner un conseil: pas de fausse bravoure; ce n'est pas en mourant que vous me donnerez raison, mais en tuant vos ennemis
—Oh! quant à moi, dit d'Épernon, je ne fais pas de quartier.
—Moi, dit Quélus, je ne réponds de rien; je ferai ce que je pourrai, voilà tout.
—Et moi, dit Maugiron, je réponds à Sa Majesté que, si je meurs, je tuerai mon homme coup pour coup.
—Vous vous battez à l'épée seule?