—Cependant je suis fort aise* de vous avoir rencontré ici.

—Monsieur, dit Saint-Luc en se nettoyant les dents avec une petite épée d'or, vous êtes, en vérité, fort poli; car je ne croirai jamais que vous ayez un seul instant pu craindre l'ennui avec une pareille femme et en face d'une si riche nature.

—Bah! dit Monsoreau, j'ai passé la moitié de ma vie dans les bois.

—Raison de plus pour ne pas vous y ennuyer, dit Saint-Luc; il me semble que plus on habite les bois, plus on les aime. Voyez donc quel admirable parc. Je sais bien, moi, que je serai désespéré lorsqu'il me faudra le quitter. Malheureusement j'ai peur que ce ne soit bientôt.

—Pourquoi le quitteriez-vous?

—Eh! monsieur, l'homme est-il maître de sa destinée? C'est la feuille de l'arbre que le vent détache et promène par la plaine et par les vallons, sans qu'il sache lui-même où il va. Vous êtes heureux, vous.

—Heureux, de quoi?

—De demeurer sous ces magnifiques ombrages.

—Oh! dit Monsoreau, je n'y demeurerai probablement pas longtemps non plus.

—Bah! qui peut dire cela? Je crois que vous vous trompez, moi.