— Oui, répondit le duc de Guise; mais je ne le remettrai qu'à Sa
Majesté elle-même.

— Venez donc et sans perdre un instant! dit alors au milieu de l'obscurité une voix qui fit tressaillir le duc, car il la reconnut pour celle de Marguerite.

Et en même temps une portière de velours violet fleurdelisé d'or se soulevant, le duc distingua dans l'ombre la reine elle-même, qui, impatiente, était venue au-devant de lui.

— Me voici, madame, dit alors le duc. Et il passa rapidement de l'autre côté de la portière qui retomba derrière lui. Alors ce fut, à son tour, à Marguerite de Valois de servir de guide au prince dans cet appartement d'ailleurs bien connu de lui, tandis que Gillonne, restée à la porte, avait, en portant le doigt à sa bouche, rassuré sa royale maîtresse. Comme si elle eût compris les jalouses inquiétudes du duc, Marguerite le conduisit jusque dans sa chambre à coucher; là elle s'arrêta.

— Eh bien, lui dit-elle, êtes-vous content, duc?

— Content, madame, demanda celui-ci, et de quoi, je vous prie?

— De cette preuve que je vous donne, reprit Marguerite avec un léger accent de dépit, que j'appartiens à un homme qui, le soir de son mariage, la nuit même de ses noces, fait assez peu de cas de moi pour n'être pas même venu me remercier de l'honneur que je lui ai fait non pas en le choisissant, mais en l'acceptant pour époux.

— Oh! madame, dit tristement le duc, rassurez-vous, il viendra, surtout si vous le désirez.

— Et c'est vous qui dites cela, Henri, s'écria Marguerite, vous qui, entre tous, savez le contraire de ce que vous dites! Si j'avais le désir que vous me supposez, vous eussé-je donc prié de venir au Louvre?

— Vous m'avez prié de venir au Louvre, Marguerite, parce que vous avez le désir d'éteindre tout vestige de notre passé, et que ce passé vivait non seulement dans mon coeur, mais dans ce coffre d'argent que je vous rapporte.