Et elle vint heurter à la porte des appartements du roi; mais ils étaient ceints intérieurement par deux compagnies des gardes.

— On n'entre point chez le roi, dit l'officier en s'avançant vivement.

— Mais moi? dit Marguerite.

— L'ordre est général.

— Moi, la reine de Navarre! moi, sa soeur!

— Ma consigne n'admet point d'exception, madame; recevez donc mes excuses. Et l'officier referma la porte.

— Oh! il est perdu, s'écria Marguerite alarmée par la vue de toutes ces figures sinistres, qui, lorsqu'elles ne respiraient pas la vengeance, exprimaient l'inflexibilité. — Oui, oui, je comprends tout… on s'est servi de moi comme d'un appât… je suis le piège où l'on prend et égorge les huguenots… Oh! j'entrerai, dussé-je me faire tuer.

Et Marguerite courait comme une folle par les corridors et par les galeries, lorsque tout à coup passant devant une petite porte, elle entendit un chant doux, presque lugubre, tant il était monotone. C'était un psaume calviniste que chantait une voix tremblante dans la pièce voisine.

— La nourrice du roi mon frère, la bonne Madelon… elle est là! s'écria Marguerite en se frappant le front, éclairée par une pensée subite; elle est là! … Dieu des chrétiens, aide-moi!

Et Marguerite, pleine d'espérance, heurta doucement à la petite porte.