— Madame, s'écria Gillonne en ouvrant la porte et en soulevant la portière, madame, le roi de Navarre sort de son appartement.
— Oh! je le savais bien, moi, qu'il viendrait! s'écria le duc de
Guise.
— Henri, dit Marguerite d'une voix brève et en saisissant la main du duc, Henri, vous allez voir si je suis une femme de parole, et si l'on peut compter sur ce que j'ai promis une fois. Henri, entrez dans ce cabinet.
— Madame, laissez-moi partir s'il en est temps encore, car songez qu'à la première marque d'amour qu'il vous donne je sors de ce cabinet, et alors malheur à lui!
— Vous êtes fou! entrez, entrez, vous dis-je, je réponds de tout.
Et elle poussa le duc dans le cabinet.
Il était temps. La porte était à peine fermée derrière le prince que le roi de Navarre, escorté de deux pages qui portaient huit flambeaux de cire jaune sur deux candélabres, apparut souriant sur le seuil de la chambre.
Marguerite cacha son trouble en faisant une profonde révérence.
— Vous n'êtes pas encore au lit, madame? demanda le Béarnais avec sa physionomie ouverte et joyeuse; m'attendiez-vous, par hasard?
— Non, monsieur, répondit Marguerite, car hier encore vous m'avez dit que vous saviez bien que notre mariage était une alliance politique, et que vous ne me contraindriez jamais.
— À la bonne heure; mais ce n'est point une raison pour ne pas causer quelque peu ensemble. Gillonne, fermez la porte et laissez- nous.