— J'avais ordre, de la part de M. d'Auriac, de ne la remettre qu'à Votre Majesté elle-même; car elle contenait, m'a-t-il assuré, un avis si important, qu'il n'osait le confier à un messager ordinaire.

— En effet, dit le roi en prenant et en lisant la lettre, c'était l'avis de quitter la cour et de me retirer en Béarn. M. d'Auriac était de mes bons amis, quoique catholique, et il est probable que, comme gouverneur de province, il avait vent de ce qui s'est passé. Ventre-saint-gris! monsieur, pourquoi ne pas m'avoir remis cette lettre il y a trois jours au lieu de ne me la remettre qu'aujourd'hui?

— Parce que, ainsi que j'ai eu l'honneur de le dire à Votre Majesté, quelque diligence que j'aie faite, je n'ai pu arriver qu'hier.

— C'est fâcheux, c'est fâcheux, murmura le roi; car à cette heure nous serions en sûreté, soit à La Rochelle, soit dans quelque bonne plaine, avec deux à trois mille chevaux autour de nous.

— Sire, ce qui est fait est fait, dit Marguerite à demi-voix, et, au lieu de perdre votre temps à récriminer sur le passé, il s'agit de tirer le meilleur parti possible de l'avenir.

— À ma place, dit Henri avec son regard interrogateur, vous auriez donc encore quelque espoir, madame?

— Oui, certes, et je regarderais le jeu engagé comme une partie en trois points, dont je n'ai perdu que la première manche.

— Ah! madame, dit tout bas Henri, si j'étais sûr que vous fussiez de moitié dans mon jeu…

— Si j'avais voulu passer du côté de vos adversaires, répondit
Marguerite, il me semble que je n'eusse point attendu si tard.

— C'est juste, dit Henri, je suis un ingrat, et, comme vous dites, tout peut encore se réparer aujourd'hui.