En deux mots Henri, pris au trébuchet, raconta à M. d'Alençon, moitié protestant par opposition, comme Henri moitié catholique par prudence, l'arrivée de La Mole à Paris, et comment le jeune homme avait été blessé en venant lui apporter une lettre de M. d'Auriac.

Quand le duc se retourna, La Mole, sorti du cabinet, se tenait debout devant lui.

François, en l'apercevant si beau, si pâle, et par conséquent doublement séduisant par sa beauté et par sa pâleur, sentit naître une nouvelle terreur au fond de son âme. Marguerite le prenait à la fois par la jalousie et par l'amour-propre.

— Mon frère, lui dit-elle, ce jeune gentilhomme, j'en réponds, sera utile à qui saura l'employer. Si vous l'acceptez pour vôtre, il trouvera en vous un maître puissant, et vous en lui un serviteur dévoué. En ces temps, il faut bien s'entourer, mon frère! surtout, ajouta-t-elle en baissant la voix de manière que le duc d'Alençon l'entendît seul, quand on est ambitieux et que l'on a le malheur de n'être que troisième fils de France.

Elle mit un doigt sur sa bouche pour indiquer à François que, malgré cette ouverture, elle gardait encore à part en elle-même une portion importante de sa pensée.

— Puis, ajouta-t-elle, peut-être trouverez-vous, tout au contraire de Henri, qu'il n'est pas séant que ce jeune homme demeure si près de mon appartement.

— Ma soeur, dit vivement François, monsieur de La Mole, si cela lui convient toutefois, sera dans une demi-heure installé dans mon logis, où je crois qu'il n'a rien à craindre. Qu'il m'aime et je l'aimerai.

François mentait, car au fond de son coeur il détestait déjà La
Mole.

— Bien, bien… je ne m'étais donc pas trompée! murmura Marguerite, qui vit les sourcils du roi de Navarre se froncer. Ah! pour vous conduire l'un et l'autre, je vois qu'il faut vous conduire l'un par l'autre.

Puis complétant sa pensée: