— Dieu! dit Marguerite en se penchant à l'oreille de son amie,
M. de La Mole!

— Ce beau jeune homme pâle! s'écria la duchesse incapable de maîtriser sa première impression.

— Oui, oui! celui-là même qui a failli renverser ton Piémontais.

— Oh! mais, dit la duchesse, il va se passer des choses affreuses! ils se regardent, ils se reconnaissent!

En effet, Coconnas en se retournant avait reconnu la figure de La Mole; et, de surprise, il avait laissé échapper la bride de son cheval, car il croyait bien avoir tué son ancien compagnon, ou du moins l'avoir mis pour un certain temps hors de combat. De son côté, La Mole reconnut Coconnas et sentit un feu qui lui montait au visage. Pendant quelques secondes, qui suffirent à l'expression de tous les sentiments que couvaient ces deux hommes, ils s'étreignirent d'un regard qui fit frissonner les deux femmes. Après quoi La Mole ayant regardé tout autour de lui, et ayant compris sans doute que le lieu était mal choisi pour une explication, piqua son cheval et rejoignit le duc d'Alençon. Coconnas resta un moment ferme à la même place, tordant sa moustache et en faisant remonter la pointe jusqu'à se crever l'oeil; après quoi, voyant que La Mole s'éloignait sans lui rien dire de plus, il se remit lui-même en route.

— Ah! ah! dit avec une dédaigneuse douleur Marguerite, je ne m'étais donc pas trompée… Oh! pour cette fois c'est trop fort.

Et elle se mordit les lèvres jusqu'au sang.

— Il est bien joli, répondit la duchesse avec commisération.

Juste en ce moment le duc d'Alençon venait de reprendre sa place derrière le roi et la reine mère, de sorte que ses gentilshommes, en le rejoignant, étaient forcés de passer devant Marguerite et la duchesse de Nevers. La Mole, en passant à son tour devant les deux princesses, leva son chapeau, salua la reine en s'inclinant jusque sur le cou de son cheval et demeura tête nue en attendant que Sa Majesté l'honorât d'un regard.

Mais Marguerite détourna fièrement la tête.