— Oh! s'écria La Hurière, en vérité, mes gentilshommes, vous êtes des coeurs de princes, et vous pouvez compter sur moi à la vie et à la mort.

— En ce cas, dit Coconnas, faites-nous l'omelette demandée, et n'y épargnez ni le beurre ni le lard. Puis se retournant vers la pendule:

— Ma foi, tu as raison, La Mole, dit-il. Nous avons encore trois heures à attendre, autant donc les passer ici qu'ailleurs. D'autant plus que, si je ne me trompe, nous sommes ici presque à moitié chemin du pont Saint-Michel.

Et les deux jeunes gens allèrent reprendre à table et dans la petite pièce du fond la même place qu'ils occupaient pendant cette fameuse soirée du 24 août 1572, pendant laquelle Coconnas avait proposé à La Mole de jouer l'un contre l'autre la première maîtresse qu'ils auraient.

Avouons, à l'honneur de la moralité des deux jeunes gens, que ni l'un ni l'autre n'eut l'idée de faire à son compagnon ce soir-là pareille proposition.

XIX
Le logis de maître René, le parfumeur de la reine mère

À l'époque où se passe l'histoire que nous racontons à nos lecteurs, il n'existait, pour passer d'une partie de la ville à l'autre, que cinq ponts, les uns de pierre, les autres de bois; encore ces cinq ponts aboutissaient-ils à la Cité. C'étaient le pont des Meuniers, le Pont-au-Change, le pont Notre-Dame, le Petit-Pont et le pont Saint-Michel.

Aux autres endroits où la circulation était nécessaire, des bacs étaient établis, et tant bien que mal remplaçaient les ponts.

Ces cinq ponts étaient garnis de maisons, comme l'est encore aujourd'hui le Ponte-Vecchio à Florence.

Parmi ces cinq ponts, qui chacun ont leur histoire, nous nous occuperons particulièrement, pour le moment, du pont Saint-Michel.