Et sur ce le duc s'inclina et sortit sans que Marguerite fît un geste pour le retenir. Dans l'antichambre il trouva Gillonne, qui le conduisit jusqu'à la fenêtre du rez-de-chaussée, et dans les fossés son page avec lequel il retourna à l'hôtel de Guise.
Pendant ce temps, Marguerite, rêveuse, alla se placer à sa fenêtre.
— Quelle nuit de noces! murmura-t-elle; l'époux me fuit et l'amant me quitte!
En ce moment passa de l'autre côté du fossé, venant de la Tour du Bois, et remontant vers le moulin de la Monnaie, un écolier le poing sur la hanche et chantant:
Pourquoi doncques, quand je veux Ou mordre tes beaux cheveux, Ou baiser ta bouche aimée, Ou toucher à ton beau sein, Contrefais-tu la nonnain Dedans un cloître enfermée?
Pour qui gardes-tu tes yeux Et ton sein délicieux, Ton front, ta lèvre jumelle? En veux-tu baiser Pluton, Là-bas, après que Caron T'aura mise en sa nacelle?
Après ton dernier trépas, Belle, tu n'auras là-bas Qu'une bouchette blêmie; Et quand, mort, je te verrai, Aux ombres je n'avouerai Que jadis tu fus ma mie.
Doncques, tandis que tu vis, Change, maîtresse, d'avis, Et ne m'épargne ta bouche; Car au jour où tu mourras, Lors tu te repentiras De m'avoir été farouche.
Marguerite écouta cette chanson en souriant avec mélancolie; puis, lorsque la voix de l'écolier se fut perdue dans le lointain, elle referma la fenêtre et appela Gillonne pour l'aider à se mettre au lit.
III
Un roi poète