— Il faut la pleine et entière volonté, dit-il.

— Faites, répondit La Mole. René traça sur une petite banderole de papier rouge quelques caractères cabalistiques, les passa dans une aiguille d'acier, et avec cette aiguille, piqua la statuette au coeur. Chose étrange! à l'orifice de la blessure apparut une gouttelette de sang, puis il mit le feu au papier.

La chaleur de l'aiguille fit fondre la cire autour d'elle et sécha la gouttelette de sang.

— Ainsi, dit René, par la force de la sympathie, votre amour percera et brûlera le coeur de la femme que vous aimez.

Coconnas, en sa qualité d'esprit fort, riait dans sa moustache et raillait tout bas; mais La Mole, aimant et superstitieux, sentait une sueur glacée perler à la racine de ses cheveux.

— Et maintenant, dit René, appuyez vos lèvres sur les lèvres de la statuette en disant: «Marguerite, je t'aime; viens, Marguerite!»

La Mole obéit. En ce moment on entendit ouvrir la porte de la seconde chambre, et des pas légers s'approchèrent. Coconnas, curieux et incrédule, tira son poignard, et craignant s'il tentait de soulever la tapisserie, que René ne lui fît la même observation que lorsqu'il voulut ouvrir la porte, fendit avec son poignard l'épaisse tapisserie, et, ayant appliqué son oeil à l'ouverture, poussa un cri d'étonnement auquel deux cris de femmes répondirent.

— Qu'y a-t-il? demanda La Mole prêt à laisser tomber la figurine de cire, que René lui reprit des mains.

— Il y a, reprit Coconnas, que la duchesse de Nevers et madame
Marguerite sont là.

— Eh bien, incrédules! dit René avec un sourire austère, doutez- vous encore de la force de la sympathie?