— Charlotte, répliqua Henri sérieux, il avait été convenu entre nous que nous ne parlerions jamais de la reine de Navarre, et ce soir, ce me semble, nous n'avons parlé que d'elle.
Madame de Sauve soupira, et elle alla s'asseoir devant sa toilette. Henri prit une chaise, la traîna jusqu'à celle qui servait de siège à sa maîtresse, et mettant un genou dessus en s'appuyant au dossier:
— Allons, dit-elle, ma bonne petite Charlotte, que je vous voie vous faire belle, et belle pour moi, quoi que vous en disiez. Mon Dieu! que de choses, que de pots de parfums, que de sacs de poudre, que de fioles, que de cassolettes!
— Cela paraît beaucoup, dit Charlotte en soupirant, et cependant c'est trop peu, puisque je n'ai pas encore, avec tout cela, trouvé le moyen de régner seule sur le coeur de Votre Majesté.
— Allons! dit Henri, ne retombons pas dans la politique. Qu'est- ce que ce petit pinceau si fin, si délicat? Ne serait-ce pas pour peindre les sourcils de mon Jupiter Olympien?
— Oui, Sire, répondit madame de Sauve en souriant, et vous avez deviné du premier coup.
— Et ce joli petit râteau d'ivoire?
— C'est pour tracer la ligne des cheveux.
— Et cette charmante petite boîte d'argent au couvercle ciselé?
— Oh! cela, c'est un envoi de René, Sire, c'est le fameux opiat qu'il me promet depuis si longtemps pour adoucir encore ces lèvres que Votre Majesté a la bonté de trouver quelquefois assez douces.