— On est toujours reconnaissant à Dieu quand il nous sauve la vie, répondit Henri tournant la question, comme il avait l'habitude de le faire en pareil cas, et Dieu m'a visiblement épargné dans ce cruel danger.
— Sire, reprit de Mouy, avouons une chose.
— Laquelle?
— C'est que votre abjuration n'est point une affaire de conviction, mais de calcul. Vous avez abjuré pour que le roi vous laissât vivre, et non parce que Dieu vous avait conservé la vie.
— Quelle que soit la cause de ma conversion, de Mouy, répondit
Henri, je n'en suis pas moins catholique.
— Oui, mais le resterez-vous toujours? à la première occasion de reprendre votre liberté d'existence et de conscience, ne la reprendrez-vous pas? Eh bien! cette occasion, elle se présente: La Rochelle est insurgée, le Roussillon et le Béarn n'attendent qu'un mot pour agir; dans la Guyenne, tout crie à la guerre. Dites-moi seulement que vous êtes un catholique forcé et je vous réponds de l'avenir.
— On ne force pas un gentilhomme de ma naissance, mon cher de
Mouy. Ce que j'ai fait, je l'ai fait librement.
— Mais, Sire, dit le jeune homme le coeur oppressé de cette résistance à laquelle il ne s'attendait pas, vous ne songez donc pas qu'en agissant ainsi vous nous abandonnez… vous nous trahissez?
Henri resta impassible.
— Oui, reprit de Mouy, oui, vous nous trahissez, Sire, car plusieurs d'entre nous sont venus, au péril de leur vie, pour sauver votre honneur et votre liberté. Nous avons tout préparé pour vous donner un trône, Sire, entendez-vous bien? Non seulement la liberté, mais la puissance: un trône à votre choix, car dans deux mois vous pourrez opter entre Navarre et France.