— Monseigneur, dit de Mouy, je vous jure…
— Ne jurez pas, monsieur; la religion reformée défend de faire des serments, et surtout de faux serments. de Mouy fronça le sourcil.
— Je vous dis que je sais tout, reprit le duc. de Mouy continua de se taire.
— Vous en doutez? reprit le prince avec une affectueuse insistance. Eh bien, mon cher de Mouy, il faut vous convaincre. Voyons, vous allez juger si je me trompe. Avez-vous ou non proposé à mon beau-frère Henri, là, tout à l'heure (le duc étendit la main dans la direction de la chambre du Béarnais), votre secours et celui des vôtres pour le réinstaller dans sa royauté de Navarre?
de Mouy regarda le duc d'un air effaré.
— Propositions qu'il a refusées avec terreur! de Mouy demeura stupéfait.
— Avez-vous alors invoqué votre ancienne amitié, le souvenir de la religion commune? Avez-vous même alors leurré le roi de Navarre d'un espoir bien brillant, si brillant qu'il en a été ébloui, de l'espoir d'atteindre à la couronne de France? Hein? dites, suis-je bien informé? Est-ce là ce que vous êtes venu proposer au Béarnais?
— Monseigneur! s'écria de Mouy, c'est si bien cela que je me demande en ce moment même si je ne dois pas dire à Votre Altesse Royale qu'elle en a menti! provoquer dans cette chambre un combat sans merci, et assurer ainsi par la mort de nous deux l'extinction de ce terrible secret!
— Doucement, mon brave de Mouy, doucement, dit le duc d'Alençon sans changer de visage, sans faire le moindre mouvement à cette terrible menace; le secret s'éteindra mieux entre nous si nous vivons tous deux que si l'un de nous meurt. Écoutez-moi et cessez de tourmenter ainsi la poignée de votre épée. Pour la troisième fois, je vous dis que vous êtes avec un ami; répondez donc comme à un ami. Voyons, le roi de Navarre n'a-t-il pas refusé tout ce que vous lui avez offert?
— Oui, Monseigneur, et je l'avoue, puisque cet aveu ne peut compromettre que moi.