— Oh! je vous perdrai, madame! s'écria La Mole en cachant sa tête dans ses mains.
— Non pas, au contraire; au lieu d'être le premier de mes serviteurs, vous deviendrez le premier de mes sujets. Voilà tout.
— Oh! pas d'intérêt… pas d'ambition, madame… Ne souillez pas vous-même le sentiment que j'ai pour vous… du dévouement, rien que du dévouement!
— Noble nature! dit Marguerite. Eh bien, oui, je l'accepte, ton dévouement, et je saurai le reconnaître.
Et elle lui tendit ses deux mains que La Mole couvrit de baisers.
— Eh bien? dit-elle.
— Eh bien, oui! répondit La Mole. Oui, Marguerite, je commence à comprendre ce vague projet dont on parlait déjà chez nous autres huguenots avant la Saint-Barthélemy; ce projet pour l'exécution duquel, comme tant d'autres plus dignes que moi, j'avais été mandé à Paris. Cette royauté réelle de Navarre qui devait remplacer une royauté fictive, vous la convoitez; le roi Henri vous y pousse. de Mouy conspire avec vous, n'est-ce pas? Mais le duc d'Alençon, que fait-il dans toute cette affaire? où y a-t-il un trône pour lui dans tout cela? Je n'en vois point. Or, le duc d'Alençon est-il assez votre… ami pour vous aider dans tout cela, et sans rien exiger en échange du danger qu'il court?
— Le duc, ami, conspire pour son compte. Laissons-le s'égarer: sa vie nous répond de la nôtre.
— Mais moi, moi qui suis à lui, puis-je le trahir?
— Le trahir! et en quoi le trahirez-vous? Que vous a-t-il confié? N'est-ce pas lui qui vous a trahi en donnant à de Mouy votre manteau et votre chapeau comme un moyen de pénétrer jusqu'à lui? Vous êtes à lui, dites-vous! N'étiez-vous pas à moi, mon gentilhomme, avant d'être à lui? Vous a-t-il donné une plus grande preuve d'amitié que la preuve d'amour que vous tenez de moi?