— Oh! monsieur, sur mon âme, je n'en ferai rien, car je ne suis que votre humble serviteur, le comte Annibal de Coconnas.

— Et moi, monsieur, je ne suis que le comte Joseph-Hyacinthe-
Boniface de Lerac de la Mole, tout à votre service.

— En ce cas, monsieur, prenons-nous par le bras et entrons ensemble.

Le résultat de cette proposition conciliatrice fut que les deux jeunes gens qui descendirent de leurs chevaux en jetèrent la bride aux mains d'un palefrenier, se prirent par le bras, et, ajustant leurs épées, se dirigèrent vers la porte de l'hôtellerie, sur le seuil de laquelle se tenait l'hôte. Mais, contre l'habitude de ces sortes de gens, le digne propriétaire n'avait paru faire aucune attention à eux, occupé qu'il était de conférer très attentivement avec un grand gaillard sec et jaune enfoui dans un manteau couleur d'amadou, comme un hibou sous ses plumes.

Les deux gentilshommes étaient arrivés si près de l'hôte et de l'homme au manteau amadou avec lequel il causait, que Coconnas, impatienté de ce peu d'importance qu'on accordait à lui et à son compagnon, tira la manche de l'hôte. Celui-ci parut alors se réveiller en sursaut et congédia son interlocuteur par un «Au revoir. Venez tantôt, et surtout tenez-moi au courant de l'heure.»

— Eh! monsieur le drôle, dit Coconnas, ne voyez-vous pas que l'on a affaire à vous?

— Ah! pardon, messieurs, dit l'hôte; je ne vous voyais pas.

— Eh! mordi! il fallait nous voir; et maintenant que vous nous avez vus, au lieu de dire «monsieur» tout court, dites «monsieur le comte», s'il vous plaît.

La Mole se tenait derrière, laissant parler Coconnas, qui paraissait avoir pris l'affaire à son compte.

Cependant il était facile de voir à ses sourcils froncés qu'il était prêt à lui venir en aide quand le moment d'agir serait arrivé.