Les deux gentilshommes, renseignés par la première personne qu'ils rencontrèrent, prirent la rue d'Averon, la rue Saint-Germain- l'Auxerrois, et se trouvèrent bientôt devant le Louvre, dont les tours commençaient à se confondre dans les premières ombres du soir.

— Qu'avez-vous donc? demanda Coconnas à La Mole, qui, arrêté à la vue du vieux château, regardait avec un saint respect ces ponts- levis, ces fenêtres étroites et ces clochetons aigus qui se présentaient tout à coup à ses yeux.

— Ma foi, je n'en sais rien, dit La Mole, le coeur me bat. Je ne suis cependant pas timide outre mesure; mais je ne sais pourquoi ce palais me paraît sombre, et, dirai-je? terrible!

— Eh bien, moi, dit Coconnas, je ne sais ce qui m'arrive, mais je suis d'une allégresse rare. La tenue est pourtant quelque peu négligée, continua-t-il en parcourant des yeux son costume de voyage. Mais, bah! on a l'air cavalier. Puis, mes ordres me recommandaient la promptitude. Je serai donc le bienvenu, puisque j'aurai ponctuellement obéi.

Et les deux jeunes gens continuèrent leur chemin agités chacun des sentiments qu'ils avaient exprimés.

Il y avait bonne garde au Louvre; tous les postes semblaient doublés. Nos deux voyageurs furent donc d'abord assez embarrassés. Mais Coconnas, qui avait remarqué que le nom du duc de Guise était une espèce de talisman près des Parisiens, s'approcha d'une sentinelle, et, se réclamant de ce nom tout-puissant, demanda si, grâce à lui, il ne pourrait point pénétrer dans le Louvre.

Ce nom paraissait faire sur le soldat son effet ordinaire; cependant, il demanda à Coconnas s'il n'avait point le mot d'ordre.

Coconnas fut forcé d'avouer qu'il ne l'avait point.

— Alors, au large, mon gentilhomme, dit le soldat. À ce moment, un homme qui causait avec l'officier du poste, et qui, tout en causant, avait entendu Coconnas réclamer son admission au Louvre, interrompit son entretien, et, venant à lui:

— Goi fouloir, fous, à monsir di Gouise? dit-il.