— Comment donc! dit La Mole en souriant, c'est un de mes auteurs favoris.

— Eh bien, continua Coconnas gravement, ce grand homme ne me paraît pas s'être abusé quand il compare les dons de la nature à des fleurs brillantes, mais éphémères, tandis qu'il regarde la vertu comme une plante balsamique d'un impérissable parfum et d'une efficacité souveraine pour la guérison des blessures.

— Est-ce que vous savez le grec, monsieur de Coconnas? dit La
Mole en regardant fixement son interlocuteur.

— Non pas; mais mon précepteur le savait, et il m'a fort recommandé, lorsque je serais à la cour, de discourir sur la vertu. Cela, dit-il, a fort bon air. Aussi, je suis cuirassé sur ce sujet, je vous en avertis. À propos, avez-vous faim?

— Non.

— Il me semblait cependant que vous teniez à la volaille embrochée de la Belle-Étoile; moi, je meurs d'inanition.

— Eh bien, monsieur de Coconnas, voici une belle occasion d'utiliser vos arguments sur la vertu et de prouver votre admiration pour Plutarque, car ce grand écrivain dit quelque part: Il est bon d'exercer l'âme à la douleur et l'estomac à la faim. Prepon esti tên men psuchên odunê, ton de gastéra semô askeïn.

_— _Ah ça! vous le savez donc, le grec? s'écria Coconnas stupéfait.

— Ma foi, oui! répondit La Mole; mon précepteur me l'a appris, à moi.

— Mordi! comte, votre fortune est assurée en ce cas; vous ferez des vers avec le roi Charles IX, et vous parlerez grec avec la reine Marguerite.