— Il m'a répondu: «Monsieur le duc, vous devez être soupçonné du peuple comme auteur de l'assassinat commis sur mon second père monsieur l'amiral; défendez-vous comme il vous plaira. Quant à moi, je me défendrai bien moi-même si l'on m'insulte…» Et sur ce il m'a tourné le dos pour aller donner à souper à ses chiens.
— Et vous n'avez point tenté de le retenir?
— Si fait. Mais il m'a répondu avec cette voix que vous lui connaissez et en me regardant de ce regard qui n'est qu'à lui: «Monsieur le duc, mes chiens ont faim, et ce ne sont pas des hommes pour que je les fasse attendre…» Sur quoi je suis venu vous prévenir.
— Et vous avez bien fait, dit la reine mère.
— Mais que résoudre?
— Tenter un dernier effort.
— Et qui l'essaiera?
— Moi. Le roi est-il seul?
— Non! Il est avec M. de Tavannes.
— Attendez-moi ici. Ou plutôt suivez-moi de loin. Catherine se leva aussitôt et prit le chemin de la chambre où se tenaient, sur des tapis de Turquie et des coussins de velours, les lévriers favoris du roi. Sur des perchoirs scellés dans la muraille étaient deux ou trois faucons de choix et une petite pie-grièche avec laquelle Charles IX s'amusait à voler les petits oiseaux dans le jardin du Louvre et dans ceux des Tuileries, qu'on commençait à bâtir. Pendant le chemin la reine mère s'était arrangé un visage pâle et plein d'angoisse, sur lequel roulait une dernière ou plutôt une première larme.