— Un beau saint, dit le roi, qui s'est laissé écorcher tout vif!

— Tant mieux! plus il a souffert, plus il doit avoir gardé rancune à ses bourreaux.

— Et c'est vous, mon cousin, dit le roi, c'est vous qui avec votre jolie petite épée à poignée d'or, tuerez d'ici à demain dix mille huguenots! Ah! ah! ah! mort de ma vie! que vous êtes plaisant, monsieur de Guise!

Et le roi éclata de rire, mais d'un rire si faux, que l'écho de la chambre le répéta d'un ton lugubre.

— Sire, un mot, un seul, poursuivit le duc tout en frissonnant malgré lui au bruit de ce rire qui n'avait rien d'humain. Un signe, et tout est prêt. J'ai les Suisses, j'ai onze cents gentilshommes, j'ai les chevau-légers, j'ai les bourgeois: de son côté, Votre Majesté a ses gardes, ses amis, sa noblesse catholique… Nous sommes vingt contre un.

— Eh bien, puisque vous êtes si fort, mon cousin, pourquoi diable venez-vous me rebattre les oreilles de cela?… Faites sans moi, faites! …

Et le roi se retourna vers ses chiens. Alors la portière se souleva et Catherine reparut.

— Tout va bien, dit-elle au duc, insistez, il cédera.

Et la portière retomba sur Catherine sans que Charles IX la vît ou du moins fit semblant de la voir.

— Mais encore, dit le duc de Guise, faut-il que je sache si en agissant comme je le désire, je serai agréable à Votre Majesté.