— Est-ce que vous allez vous coucher incontinent, monsieur de la
Mole? demanda-t-il.
— Ma foi! j'en aurais grande envie, monsieur, car il est possible qu'on vienne me réveiller dans la nuit.
— Et moi aussi, dit Coconnas; mais il me semble, en ce cas, qu'au lieu de nous coucher et de faire attendre ceux qui doivent nous envoyer chercher, nous ferions mieux de demander des cartes et de jouer. Cela fait qu'on nous trouverait tout préparés.
— J'accepterais volontiers la proposition, monsieur; mais pour jouer je possède bien peu d'argent; à peine si j'ai cent écus d'or dans ma valise; et encore, c'est tout mon trésor. Maintenant, c'est à moi de faire fortune avec cela.
— Cent écus d'or! s'écria Coconnas, et vous vous plaignez! Mordi! mais moi, monsieur, je n'en ai que six.
— Allons donc, reprit La Mole, je vous ai vu tirer de votre poche une bourse qui m'a paru non seulement fort ronde, mais on pourrait même dire quelque peu boursouflée.
— Ah! ceci, dit Coconnas, c'est pour éteindre une ancienne dette que je suis obligé de payer à un vieil ami de mon père que je soupçonne d'être comme vous tant soit peu huguenot. Oui, il y a là cent nobles à la rose, continua Coconnas en frappant sur sa poche; mais ces cent nobles à la rose appartiennent à maître Mercandon; quant à mon patrimoine personnel, il se borne, comme je vous l'ai dit, à six écus.
— Comment jouer, alors?
— Et c'est précisément à cause de cela que je voulais jouer.
D'ailleurs, il m'était venu une idée.
— Laquelle?