Sous cette première menace, Catherine baissa le front; mais presque aussitôt elle le releva.
— Ah! pauvre enfant! dit-elle, ton frère veut te tuer. Eh bien, soit tranquille, ta mère te défendra.
— Ah! l'on me brave! s'écria Charles. Eh bien, par le sang du Christ! il mourra, non pas ce soir, non pas tout à l'heure, mais à l'instant même. Ah! une arme! une dague! un couteau! … Ah!
Et Charles, après avoir porté inutilement les yeux autour de lui pour chercher ce qu'il demandait, aperçut le petit poignard que sa mère portait à sa ceinture, se jeta dessus, l'arracha de sa gaine de chagrin incrustée d'argent, et bondit hors de la chambre pour aller frapper Henri d'Anjou partout où il le trouverait. Mais en arrivant dans le vestibule ses forces surexcitées au-delà de la puissance humaine, l'abandonnèrent tout à coup: il étendit le bras, laissa tomber l'arme aiguë, qui resta fichée dans le parquet, jeta un cri lamentable, s'affaissa sur lui-même et roula sur le plancher.
En même temps le sang jaillit en abondance de ses lèvres et de son nez.
— Jésus! dit-il, on me tue; à moi! à moi!
Catherine, qui l'avait suivi, le vit tomber; elle regarda un instant impassible et sans bouger; puis rappelée à elle, non par l'amour maternel, mais par la difficulté de la situation, elle ouvrit en criant:
— Le roi se trouve mal! au secours! au secours! À ce cri un monde de serviteurs, d'officiers et de courtisans s'empressèrent autour du jeune roi. Mais avant tout le monde une femme s'était élancée, écartant les spectateurs et relevant Charles pâle comme un cadavre.
— On me tue, nourrice, on me tue, murmura le roi baigné de sueur et de sang.
— On te tue! mon Charles! s'écria la bonne femme en parcourant tous les visages avec un regard qui fit reculer jusqu'à Catherine elle-même; et qui donc cela qui te tue?