— Écoute, dit d'Alençon qui avait, mais par des motifs bien différents, aussi bonne envie que Coconnas de savoir où était La Mole, je te donnerai un conseil d'ami.
— Donnez, Monseigneur, dit Coconnas, donnez.
— Va trouver la reine Marguerite, elle doit savoir ce qu'est devenu celui que tu pleures.
— S'il faut que je l'avoue à Votre Altesse, dit Coconnas, j'y avais déjà pensé, mais je n'avais point osé; car, outre que madame Marguerite m'impose plus que je ne saurais dire, j'avais peur de la trouver dans les larmes. Mais, puisque Votre Altesse m'assure que La Mole n'est pas mort et que Sa Majesté doit savoir où il est, je vais faire provision de courage et aller la trouver.
— Va, mon ami, va, dit le duc François. Et quand tu auras des nouvelles, donne-m'en à moi-même; car je suis en vérité aussi inquiet que toi. Seulement souviens-toi d'une chose, Coconnas…
— Laquelle?
— Ne dis pas que tu viens de ma part, car en commettant cette imprudence tu pourrais bien ne rien apprendre.
— Monseigneur, dit Coconnas, du moment où Votre Altesse me recommande le secret sur ce point, je serai muet comme une tanche ou comme la reine mère.
«Bon prince, excellent prince, prince magnanime», murmura Coconnas en se rendant chez la reine de Navarre.
Marguerite attendait Coconnas, car le bruit de son désespoir était arrivé jusqu'à elle, et en apprenant par quels exploits ce désespoir s'était signalé, elle avait presque pardonné à Coconnas la façon quelque peu brutale dont il traitait son amie madame la duchesse de Nevers, à laquelle le Piémontais ne s'était point adressé à cause d'une grosse brouille existant déjà depuis deux ou trois jours entre eux. Il fut donc introduit chez la reine aussitôt qu'annoncé.