«Maurevel, à l'aide d'un cordial que je viens de lui donner, a enfin repris quelque force, et est parvenu à écrire le nom de l'homme qui se trouvait dans la chambre du roi de Navarre. Cet homme, c'est M. de Mouy.»

— De Mouy! pensa la reine; eh bien, j'en avais le pressentiment.
Mais ce vieillard… Eh! cospetto! … ce vieillard, c'est…

Catherine demeura l'oeil fixe, la bouche béante. Puis, se penchant à l'oreille du capitaine des gardes qui se tenait à son côté:

— Regardez, monsieur de Nancey, lui dit-elle, mais sans affectation; regardez le seigneur Lasco, celui qui parle en ce moment. Derrière lui… c'est cela… voyez-vous un vieillard à barbe blanche, en habit de velours noir?

— Oui, madame, répondit le capitaine.

— Bon, ne le perdez pas de vue.

— Celui auquel le roi de Navarre fait un signe?

— Justement. Placez-vous à la porte du Louvre avec dix hommes, et, quand il sortira, invitez-le de la part du roi à dîner. S'il vous suit, conduisez-le dans une chambre où vous le retiendrez prisonnier. S'il vous résiste, emparez vous-en mort ou vif. Allez! allez!

Heureusement Henri, fort peu occupé du discours de Marguerite, avait l'oeil arrêté sur Catherine, et n'avait point perdu une seule expression de son visage. En voyant les yeux de la reine mère fixés avec un si grand acharnement sur de Mouy, il s'inquiéta; en lui voyant donner un ordre au capitaine des gardes, il comprit tout.

Ce fut en ce moment qu'il fit le geste qu'avait surpris
M. de Nancey, et qui, dans la langue des signes, voulait dire:
Vous êtes découvert, sauvez-vous à l'instant même.