Les deux amis demeurèrent seuls.

Les premiers détails, on le comprend bien, que demanda Coconnas à son ami, furent ceux de la fatale soirée qui avait failli lui coûter la vie. À mesure que La Mole avançait dans sa narration, le Piémontais, qui sur ce point cependant, on le sait, n'était pas facile à émouvoir, frissonnait de tous ses membres.

— Et pourquoi, lui demanda-t-il, au lieu de courir les champs comme tu l'as fait, et de me donner les inquiétudes que tu m'as données, ne t'es-tu point réfugié près de notre maître? Le duc, qui t'avait défendu, t'aurait caché. J'eusse vécu près de toi, et ma tristesse, quoique feinte, n'en eût pas moins abusé les niais de la cour.

— Notre maître! dit La Mole à voix basse, le duc d'Alençon?

— Oui. D'après ce qu'il m'a dit, j'ai dû croire que c'est à lui que tu dois la vie.

— Je dois la vie au roi de Navarre, répondit La Mole.

— Oh! oh! fit Coconnas, en es-tu sûr?

— À n'en point douter.

— Ah! le bon, l'excellent roi! Mais le duc d'Alençon, que faisait-il, lui, dans tout cela?

— Il tenait la corde pour m'étrangler.