C'est là que, sanglant, broyé, écrasé par une chute de cent pieds, mais cependant palpitant encore, gisait le pauvre Orthon.

Derrière l'épaisseur du mur on entendait rouler l'eau de la Seine, qu'une infiltration souterraine amenait jusqu'au fond de l'escalier.

Catherine entra dans la fosse humide et nauséabonde qui, depuis qu'elle existait, avait dû être témoin de bien des chutes pareilles à celle qu'elle venait de voir, fouilla le corps, saisit la lettre, s'assura que c'était bien celle qu'elle désirait avoir, repoussa du pied le cadavre, appuya le pouce sur un ressort: le fond bascula, et le cadavre glissant, emporté par son propre poids, disparut dans la direction de la rivière.

Puis refermant la porte, elle remonta, s'enferma dans son cabinet, et lut le billet qui était conçu en ces termes:

«Ce soir, à dix heures, rue de l'Arbre-Sec, hôtel de la Belle- Étoile. Si vous venez, ne répondez rien; si vous ne venez pas, dites non au porteur.

DE MOUY DE SAINT-PHALE.»

En lisant ce billet, il n'y avait qu'un sourire sur les lèvres de Catherine; elle songeait seulement à la victoire qu'elle allait remporter, oubliant complètement à quel prix elle achetait cette victoire.

Mais aussi, qu'était-ce qu'Orthon? Un coeur fidèle, une âme dévouée, un enfant jeune et beau; voilà tout.

Cela, on le pense bien, ne pouvait pas faire pencher un instant le plateau de cette froide balance où se pèsent les destinés des empires.

Le billet lu, Catherine remonta immédiatement chez madame de
Sauve, et le plaça derrière le miroir.