— Ouvert?… Y a-t-il inconvénient à ce qu'il soit ouvert?
— Non.
— Donnez alors.
D'Alençon prit d'une main tremblante le livre que, d'une main ferme, Catherine étendait vers lui.
— Prenez, prenez, dit Catherine, il n'y a pas de danger, puisque j'y touche; d'ailleurs vous avez des gants.
Cette précaution ne suffit pas pour d'Alençon, qui enveloppa le livre dans son manteau.
— Hâtez-vous, dit Catherine, hâtez-vous, d'un moment à l'autre
Henri peut remonter.
— Vous avez raison, madame, j'y vais. Et le duc sortit tout chancelant d'émotion. Nous avons introduit plusieurs fois déjà le lecteur dans l'appartement du roi de Navarre, et nous l'avons fait assister aux séances qui s'y sont passées, joyeuses ou terribles, selon que souriait ou menaçait le génie protecteur du futur roi de France.
Mais jamais peut-être les murs souillés de sang par le meurtre, arrosés de vin par l'orgie, embaumés de parfums par l'amour; jamais ce coin du Louvre enfin n'avait vu apparaître un visage plus pâle que celui du duc d'Alençon ouvrant, son livre à la main, la porte de la chambre à coucher du roi de Navarre.
Et cependant, comme s'y attendait le duc, personne n'était dans cette chambre pour interroger d'un oeil curieux ou inquiet l'action qu'il allait commettre. Les premiers rayons du jour éclairaient l'appartement parfaitement vide.