— Sire, demanda d'Alençon, comment donc ce livre se trouve-t-il dans les mains de Votre Majesté?
— Rien de plus simple. Ce matin, je suis monté chez Henriot pour voir s'il était prêt; il n'était déjà plus chez lui: sans doute il courait les chenils et les écuries; mais, à sa place, j'ai trouvé ce trésor que j'ai descendu ici pour le lire tout à mon aise.
Et le roi porta encore une fois son pouce à ses lèvres, et une fois encore fit tourner la page rebelle.
— Sire, balbutia d'Alençon dont les cheveux se hérissèrent et qui se sentit saisir par tout le corps d'une angoisse terrible; Sire, je venais pour vous dire…
— Laissez-moi achever ce chapitre, François, dit Charles, et ensuite vous me direz tout ce que vous voudrez. Voilà cinquante pages que je lis, c'est à dire que je dévore.
— Il a goûté vingt-cinq fois le poison, pensa François. Mon frère est mort! Alors il pensa qu'il y avait un Dieu au ciel qui n'était peut-être point le hasard.
François essuya de sa main tremblante la froide rosée qui dégouttait sur son front, et attendit silencieux, comme le lui avait ordonné son frère, que le chapitre fût achevé.
XIX
La chasse au vol
Charles lisait toujours. Dans sa curiosité, il dévorait les pages; et chaque page, nous l'avons dit, soit à cause de l'humidité à laquelle elles avaient été longtemps exposées, soit pour tout autre motif, adhérait à la page suivante.
D'Alençon considérait d'un oeil hagard ce terrible spectacle dont il entrevoyait seul le dénouement.