— Pour cinq cents écus tu as trouvé un homme qui a consenti à se faire tuer?
— Que veux-tu! il faut bien vivre.
— Ma chère amie, je ne te comprends plus. Voyons, parle clairement; les énigmes prennent trop de temps à deviner dans la situation où nous nous trouvons.
— Eh bien, écoute: le geôlier auquel est confiée la garde de La Mole et de Coconnas est un ancien soldat qui sait ce que c'est qu'une blessure; il veut bien aider à sauver nos amis, mais il ne veut pas perdre sa place. Un coup de poignard adroitement placé fera l'affaire; nous lui donnerons une récompense, et l'État un dédommagement. De cette façon, le brave homme recevra des deux mains, et aura renouvelé la fable du pélican.
— Mais, dit Marguerite, un coup de poignard…
— Sois tranquille, c'est Annibal qui le donnera.
— Au fait, dit en riant Marguerite, il a donné trois coups tant d'épée que de poignard à La Mole, et La Mole n'en est pas mort; il y a donc tout lieu d'espérer.
— Méchante! tu mériterais que j'en restasse là.
— Oh! non, non, au contraire; dis-moi le reste, je t'en supplie.
Comment les sauverons-nous, voyons?
— Eh bien, voici l'affaire: la chapelle est le seul lieu du château où puissent pénétrer les femmes qui ne sont point prisonnières. On nous fait cacher derrière l'autel: sous la nappe de l'autel, ils trouvent deux poignards. La porte de la sacristie est ouverte d'avance; Coconnas frappe son geôlier qui tombe et fait semblant d'être mort; nous apparaissons, nous jetons chacune un manteau sur les épaules de nos amis; nous fuyons avec eux par la petite porte de la sacristie, et comme nous avons le mot d'ordre, nous sortons sans empêchement.