— Impossible! dit naïvement le guichetier, et pourquoi?
— Chut! dit Coconnas, je crois que l'on ouvre la porte d'en bas.
— En effet, reprit vivement le geôlier; rentrez, messieurs! rentrez!
— Et quand croyez-vous que le jugement ait lieu? demanda La Mole.
— Demain au plus tard. Mais soyez tranquilles, les personnes qui doivent être prévenues le seront.
— Alors embrassons-nous et faisons nos adieux à ces murs.
Les deux amis se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, et rentrèrent chacun dans sa chambre, La Mole soupirant, Coconnas chantonnant.
Il ne se passa rien de nouveau jusqu'à sept heures du soir. La nuit descendit sombre et pluvieuse sur le donjon de Vincennes, une vraie nuit d'évasion. On apporta le repas du soir de Coconnas, lequel soupa avec son appétit ordinaire, tout en songeant au plaisir qu'il aurait à être mouillé par cette pluie qui fouettait les murailles, et déjà il se préparait à s'endormir au murmure sourd et monotone du vent, quand il lui sembla que ce vent, qu'il écoutait parfois avec un sentiment de mélancolie qu'il n'avait jamais éprouvé avant qu'il fût en prison, sifflait plus étrangement que d'habitude sous toutes les portes, et que le poêle ronflait avec plus de rage qu'à l'ordinaire. Ce phénomène avait lieu chaque fois qu'on ouvrait un des cachots de l'étage supérieur et surtout celui d'en face. C'est à ce bruit qu'Annibal reconnaissait toujours que le geôlier allait venir, attendu que ce bruit indiquait qu'il sortait de chez La Mole.
Cependant cette fois, Coconnas demeura inutilement le cou tendu et l'oreille au guet.
Le temps s'écoula, personne ne vint.