À cette voix, le Piémontais oublia qu'il était retenu par deux portes, par trois grilles et par une muraille épaisse de douze pieds; il s'élança de tout son poids contre cette muraille comme pour la renverser et voler au secours de la victime en s'écriant:
— On égorge donc quelqu'un ici? Mais il rencontra sur son chemin le mur auquel il n'avait pas pensé, et il tomba froissé du choc contre un banc de pierre sur lequel il s'affaissa. Ce fut tout.
— Oh! ils l'ont tué! murmura-t-il; c'est abominable! Mais c'est qu'on ne peut se défendre ici… rien, pas d'armes. Il étendit les mains autour de lui.
— Ah! cet anneau de fer, s'écria-t-il, je l'arracherai, et malheur à qui m'approchera!
Coconnas se releva, saisit l'anneau de fer, et d'une première secousse l'ébranla si violemment, qu'il était évident qu'avec deux secousses pareilles il le descellerait.
Mais soudain la porte s'ouvrit et une lumière produite par deux torches envahit le cachot.
— Venez, monsieur, lui dit la même voix grasseyante qui lui avait été déjà si particulièrement désagréable, et qui, pour se faire entendre cette fois trois étages au-dessous, ne lui parut pas avoir acquis le charme qui lui manquait; venez, monsieur, la cour vous attend.
— Bon, dit Coconnas lâchant son anneau, c'est mon arrêt que je vais entendre, n'est-ce pas?
— Oui, monsieur.
— Oh! je respire; marchons, dit-il. Et il suivit l'huissier, qui marchait devant lui de son pas compassé et tenant sa baguette noire. Malgré la satisfaction qu'il avait témoignée dans un premier mouvement, Coconnas jetait, tout en marchant, un regard inquiet à droite et à gauche, devant et derrière.