— Ah! mon ami! mon brave ami, mon cher Caboche! dit Coconnas, sois certain que je serai reconnaissant toute ma vie de ce que tu viens de faire pour moi.
— Peste! vous avez raison, monsieur, car si on savait ce que j'ai fait pour vous, c'est moi qui prendrais votre place sur ce chevalet, et on ne me ménagerait point, moi, comme je vous ai ménagé.
— Mais comment as-tu eu l'ingénieuse idée…
— Voilà, dit Caboche tout en entortillant les jambes de Coconnas dans des linges ensanglantés: j'ai su que vous étiez arrêté, j'ai su qu'on faisait votre procès, j'ai su que la reine Catherine voulait votre mort; j'ai deviné qu'on vous donnerait la question, et j'ai pris mes précautions en conséquence.
— Au risque de ce qui pouvait arriver?
— Monsieur, dit Caboche, vous êtes le seul gentilhomme qui m'ait donné la main, et l'on a de la mémoire et un coeur, tout bourreau qu'on est, et peut-être même parce qu'on est bourreau. Vous verrez demain comme je ferai proprement ma besogne.
— Demain? dit Coconnas.
— Sans doute, demain.
— Quelle besogne? Caboche regarda Coconnas avec stupéfaction.
— Comment, quelle besogne? avez-vous donc oublié l'arrêt?