— Ô Sire, s'écria Henri, dont les yeux se mouillèrent de larmes, je vous jure devant Dieu que mes jours et mes nuits se passeront à veiller sur sa vie. Ordonnez, mon roi.

— Merci! Henriot, merci, dit le roi avec une effusion qui était bien loin de son caractère, mais que cependant lui donnait la situation. J'accepte ta parole. N'en fais pas un roi… heureusement il n'est pas né pour le trône, mais un homme heureux. Je lui laisse une fortune indépendante; qu'il ait la noblesse de sa mère, celle du coeur. Peut-être vaudrait-il mieux pour lui qu'on le destinât à l'Église; il inspirerait moins de crainte. Oh! il me semble que je mourrais, sinon heureux, du moins tranquille, si j'avais là pour me consoler les caresses de l'enfant et le doux visage de la mère.

— Sire, ne pouvez-vous les faire venir?

— Eh! malheureux! ils ne sortiraient pas d'ici. Voilà la condition des rois, Henriot: ils ne peuvent ni vivre ni mourir à leur guise. Mais depuis ta promesse je suis plus tranquille.

Henri réfléchit.

— Oui, sans doute, mon roi, j'ai promis, mais pourrai-je tenir?

— Que veux-tu dire?

— Moi-même, ne serai-je pas proscrit, menacé comme lui, plus que lui, même? Car, moi, je suis un homme, et lui n'est qu'un enfant.

— Tu te trompes, répondit Charles; moi mort, tu seras fort et puissant, et voilà qui te donnera la force et la puissance. À ces mots, le moribond tira un parchemin de son chevet.

— Tiens, lui dit-il. Henri parcourut la feuille revêtue du sceau royal.