— Attendez, Sire; et mon épée, croyez-vous que je veuille la laisser dans le corps de ce misérable?

Et il s'approcha de Maurevel gisant et en apparence sans mouvement; mais au moment où de Mouy mettait la main à la garde de cette épée, qui effectivement était restée dans le corps de Maurevel, celui-ci se releva armé du poitrinal que le soldat avait lâché en tombant, et à bout portant il lâcha le coup au milieu de la poitrine de De Mouy.

Le jeune homme tomba sans même pousser un cri; il était tué raide.

Henri s'élança sur Maurevel; mais il était tombé à son tour, et son épée ne perça plus qu'un cadavre.

Il fallait fuir, le bruit avait attiré un grand nombre de personnes, la garde de nuit pouvait venir. Henri chercha parmi les curieux attirés par le bruit une figure, une connaissance, et tout à coup poussa un cri de joie.

Il venait de reconnaître maître La Hurière.

Comme la scène se passait au pied de la croix du Trahoir, c'est-à- dire en face de la rue de l'Arbre-Sec, notre ancienne connaissance, dont l'humeur naturellement sombre s'était encore singulièrement attristée depuis la mort de La Mole et de Coconnas, ses deux hôtes bien-aimés, avait quitté ses fourneaux et ses casseroles au moment où justement il apprêtait le souper du roi de Navarre et était accouru.

— Mon cher La Hurière, je vous recommande De Mouy, quoique j'ai bien peur qu'il n'y ait plus rien à faire. Emportez-le chez vous, et s'il vit encore n'épargnez rien, voilà ma bourse. Quant à l'autre laissez-le dans le ruisseau et qu'il y pourrisse comme un chien.

— Mais vous? dit La Hurière.

— Moi, j'ai un adieu à dire. Je cours, et dans dix minutes, je suis chez vous. Tenez mes chevaux prêts.