— Cette défense n'est pas pour moi, nourrice.

— Elle est pour tout le monde, madame. Catherine sourit.

— Oui, je sais bien, reprit la nourrice, je sais bien que nul ici n'a le droit de faire obstacle à Votre Majesté; je la supplierai donc d'écouter la prière d'une pauvre femme et de ne pas aller plus avant.

— Nourrice, il faut que je parle à mon fils.

— Madame, je n'ouvrirai la porte que sur un ordre formel de Votre
Majesté.

— Ouvrez, nourrice, dit Catherine, je le veux! La nourrice, à cette voix plus respectée et surtout plus redoutée au Louvre que celle de Charles lui-même, présenta la clef à Catherine, mais Catherine n'en avait pas besoin. Elle tira de sa poche la clef qui ouvrait la porte de son fils, et sous sa rapide pression la porte céda. La chambre était vide, la couche de Charles était intacte, et son lévrier Actéon, couché sur la peau d'ours étendue à la descente de son lit, se leva et vint lécher les mains d'ivoire de Catherine.

— Ah! dit la reine en fronçant le sourcil, il est sorti!
J'attendrai.

Et elle alla s'asseoir, pensive et sombrement recueillie, à la fenêtre qui donnait sur la cour du Louvre et de laquelle on découvrait le principal guichet.

Depuis deux heures elle était là immobile et pâle comme une statue de marbre, lorsqu'elle aperçut enfin rentrant au Louvre une troupe de cavaliers à la tête desquels elle reconnut Charles et Henri de Navarre.

Alors elle comprit tout, Charles, au lieu de discuter avec elle sur l'arrestation de son beau-frère, l'avait emmené et sauvé ainsi.