Alexandre Dumas
LA TULIPE NOIRE
(1850)
Table des matières
| [I.] | Un peuple reconnaissant |
| [II.] | Les deux frères. |
| [III.] | L'élève de Jean de Witt |
| [IV.] | Les massacreurs. |
| [V.] | L'amateur de tulipes et son voisin. |
| [VI.] | La haine d'un tulipier. |
| [VII.] | L'homme heureux fait connaissance avec le malheur. |
| [VIII.] | Une invasion. |
| [IX.] | La chambre de famille. |
| [X.] | La fille du geôlier. |
| [XI.] | Le testament de Cornélius van Baërle. |
| [XII.] | L'exécution. |
| [XIII.] | Ce qui se passait pendant ce temps-là dans l'âme d'un spectateur. |
| [XIV.] | Les pigeons de Dordrecht |
| [XV.] | Le guichet |
| [XVI.] | Maître et écolière. |
| [XVII.] | Premier caïeu. |
| [XVIII.] | L'amoureux de Rosa. |
| [XIX.] | Femme et fleur. |
| [XX.] | Ce qui s'était passé pendant ces huit jours. |
| [XXI.] | Le second caïeu. |
| [XXII.] | Épanouissement |
| [XXIII.] | L'envieux. |
| [XXIV.] | Où la tulipe noire change de maître. |
| [XXV.] | Le président van Herysen. |
| [XXVI.] | Un membre de la société horticole. |
| [XXVII.] | Le troisième caïeu. |
| [XXVIII.] | La chanson des fleurs. |
| [XXIX.] | Où van Baërle, avant de quitter Loewestein, règle ses comptes avec Gryphus. |
| [XXX.] | Où l'on commence de se douter à quel supplice était réservé Cornélius van Baërle. |
| [XXXI.] | Harlem. |
| [XXXII.] | Une dernière prière. |
| [XXXIII.] | Conclusion. |
I
UN PEUPLE RECONNAISSANT
Le 20 août 1672, la ville de la Haye, si vivante, si blanche, si coquette que l'on dirait que tous les jours sont des dimanches, la ville de la Haye, avec son parc ombreux, avec ses grands arbres inclinés sur ses maisons gothiques, avec les larges miroirs de ses canaux dans lesquels se reflètent ses clochers aux coupoles presque orientales, la ville de la Haye, la capitale des sept Provinces-Unies, gonflait toutes ses artères d'un flot noir et rouge de citoyens pressés, haletants, inquiets, lesquels couraient, le couteau à la ceinture, le mousquet sur l'épaule ou le bâton à la main, vers le Buitenhof, formidable prison dont on montre encore aujourd'hui les fenêtres grillées et où, depuis l'accusation d'assassinat portée contre lui par le chirurgien Tyckelaer, languissait Corneille de Witt, frère de l'ex-grand pensionnaire de Hollande.
Si l'histoire de ce temps, et surtout de cette année au milieu de laquelle nous commençons notre récit, n'était liée d'une façon indissoluble aux deux noms que nous venons de citer, les quelques lignes d'explication que nous allons donner pourraient paraître un hors-d'œuvre; mais nous prévenons tout d'abord le lecteur, ce vieil ami, à qui nous promettons toujours du plaisir à notre première page, et auquel nous tenons parole tant bien que mal dans les pages suivantes; mais nous prévenons, disons-nous, notre lecteur que cette explication est aussi indispensable à la clarté de notre histoire qu'à l'intelligence du grand événement politique dans lequel cette histoire s'encadre.