Et puis Cornélius espéra bien que la grâce était complète, et qu'on allait le rendre à la liberté et à ses plates-bandes de Dordrecht.

Mais Cornélius se trompait, comme le disait vers le même temps madame de Sévigné; il y avait un post-scriptum à la lettre, et le plus important de cette lettre était renfermé dans le post-scriptum.

Par ce post-scriptum, Guillaume, stathouder de Hollande, condamnait Cornélius van Baërle à une prison perpétuelle.

Il était trop peu coupable pour la mort, mais il était trop coupable pour la liberté.

Cornélius écouta donc le post-scriptum, puis, après la première contrariété soulevée par la déception que le post-scriptum apportait:

—Bah! pensa-t-il, tout n'est pas perdu. La réclusion perpétuelle a du bon. Il y a Rosa dans la réclusion perpétuelle. Il y a encore aussi mes trois caïeux de la tulipe noire.

Mais Cornélius oubliait que les sept provinces peuvent avoir sept prisons, une par province, et que le pain du prisonnier est moins cher ailleurs qu'à la Haye, qui est une capitale.

Son Altesse Guillaume, qui n'avait point, à ce qu'il paraît, les moyens de nourrir van Baërle à la Haye, l'envoyait faire sa prison perpétuelle dans la forteresse de Loewestein, bien près de Dordrecht, hélas! mais pourtant bien loin.

Car Loewestein, disent les géographes, est situé à la pointe de l'île que forment, en face de Gorcum, le Wahal et la Meuse.

Van Baërle savait assez l'histoire de son pays pour ne pas ignorer que le célèbre Grotius avait été renfermé dans ce château après la mort de Barneveldt, et que les États, dans leur générosité envers le célèbre publiciste, jurisconsulte, historien, poète, théologien, lui avaient accordé une somme de vingt-quatre sous de Hollande par jour pour sa nourriture.