—Malheureux! malheureux! continuait Cornélius au désespoir.
—Après tout, ce n'est qu'une tulipe, ajouta Gryphus un peu honteux. On vous en donnera tant que vous voudrez des tulipes, j'en ai trois cents dans mon grenier.
—Au diable vos tulipes! s'écria Cornélius. Elles vous valent et vous les valez. Oh! cent milliards de millions! Si je les avais, je les donnerais pour celle que vous avez écrasée là.
—Ah! fit Gryphus triomphant. Vous voyez bien que ce n'est pas à la tulipe que vous teniez. Vous voyez bien qu'il y avait dans ce faux oignon quelques sorcelleries, un moyen de correspondance peut-être avec les ennemis de Son Altesse, qui vous a fait grâce. Je le disais bien, qu'on avait eu tort de ne pas vous couper le cou.
—Mon père! mon père! s'écria Rosa.
—Eh bien! tant mieux! tant mieux! répétait Gryphus en s'animant, je l'ai détruit, je l'ai détruit. Il en sera de même chaque fois que vous recommencerez! Ah! je vous avais prévenu, mon bel ami, que je vous rendrais la vie dure.
—Maudit! maudit! hurla Cornélius tout à son désespoir en retournant avec ses doigts tremblants les derniers vestiges de son caïeu, cadavre de tant de joies et de tant d'espérances.
—Nous planterons l'autre demain, cher M. Cornélius, dit à voix basse Rosa, qui comprenait l'immense douleur du tulipier et qui jeta, cœur saint, cette douce parole comme une goutte de baume sur la blessure saignante de Cornélius.
XVIII
L'AMOUREUX DE ROSA