—Perdu?

—Oui, car il sera fort ou il sera faible. S'il est fort (car si étranger qu'il soit à ce qui nous arrive; car, quoique enseveli à Dordrecht, quoique distrait, que c'est miracle! il saura, un jour ou l'autre, ce qui nous arrive), s'il est fort, il se vantera de nous; s'il est faible, il aura peur de notre intimité; s'il est fort, il criera le secret; s'il est faible, il le laissera prendre. Dans l'un et l'autre cas, Corneille, il est donc perdu et nous aussi. Ainsi donc, mon frère, fuyons vite, s'il en est encore temps.

Corneille se souleva sur son lit et, prenant la main de son frère, qui tressaillit au contact des linges:

—Est-ce que je ne connais pas mon filleul? dit-il; est-ce que je n'ai pas appris à lire chaque pensée dans la tête de van Baërle, chaque sentiment dans son âme? Tu me demandes s'il est faible, tu me demandes s'il est fort? Il n'est ni l'un ni l'autre, mais qu'importe ce qu'il soit! Le principal est qu'il gardera le secret, attendu que ce secret, il ne le connaît même pas.

Jean se retourna surpris.

—Oh! continua Corneille avec son doux sourire, le ruward de Pulten est un politique élevé à l'école de Jean; je vous le répète, mon frère, van Baërle ignore la nature et la valeur du dépôt que je lui ai confié.

—Vite, alors! s'écria Jean, puisqu'il en est temps encore, faisons-lui passer l'ordre de brûler la liasse.

—Par qui faire passer cet ordre?

—Par mon serviteur Craeke, qui devait nous accompagner à cheval et qui est entré avec moi dans la prison pour vous aider à descendre l'escalier.

—Réfléchissez avant de brûler ces titres glorieux, Jean.