Celui-ci, les deux coudes appuyés sur la fenêtre, la tête appuyée sur ses deux mains, les regards perdus dans l'horizon brumeux que les moulins de Dordrecht battaient de leurs ailes, aspirait l'air pour refouler ses larmes et empêcher sa philosophie de s'évaporer.

Les pigeons y étaient toujours, mais l'espoir n'y était plus; mais l'avenir manquait.

Hélas! Rosa surveillée ne pourrait plus venir. Pourrait-elle seulement écrire, et si elle écrivait, pourrait-elle lui faire parvenir ses lettres?

Non. Il avait vu la veille et la surveille trop de fureur et de malignité dans les yeux du vieux Gryphus pour que sa vigilance se ralentît un moment, et puis, outre la réclusion, outre l'absence, n'avait-elle pas à souffrir des tourments pires encore. Ce brutal, ce sacripant, cet ivrogne, ne se vengeait-il pas à la façon des pères du théâtre grec? Quand le genièvre lui montait au cerveau, ne donnait-il pas à son bras, trop bien raccommodé par Cornélius, la vigueur de deux bras et d'un bâton?

Cette idée, que Rosa était peut-être maltraitée, exaspérait Cornélius.

Il sentait alors son inutilité, son impuissance, son néant. Il se demandait si Dieu était bien juste d'envoyer tant de maux à deux créatures innocentes. Et certainement dans ces moments-là il doutait. Le malheur ne rend pas crédule.

Van Baërle avait bien formé le projet d'écrire à Rosa. Mais où était Rosa?

Il avait bien eu l'idée d'écrire à la Haye pour prévenir de ce que Gryphus voulait sans doute amasser, par une dénonciation, de nouveaux orages sur sa tête.

Mais avec quoi écrire? Gryphus lui avait enlevé crayon et papier. D'ailleurs, eût-il l'un et l'autre, ce ne serait certainement pas Gryphus qui se chargerait de sa lettre.

Alors Cornélius passait et repassait dans sa tête toutes ces pauvres ruses employées par les prisonniers.