Puis deux ombres apparurent.

L'une d'elles, grande, majestueuse, sévère, s'assit près de la table où Cornélius avait déposé le flambeau.

Dans cette ombre, Boxtel reconnut le pâle visage de Corneille de Witt, dont les longs cheveux noirs séparés au front tombaient sur ses épaules.

Le ruward de Pulten, après avoir dit à Cornélius quelques paroles dont l'envieux ne put comprendre le sens au mouvement de ses lèvres, tira de sa poitrine et lui tendit un paquet blanc soigneusement cacheté, paquet que Boxtel, à la façon dont Cornélius le prit et le déposa dans une armoire, supposa être des papiers de la plus grande importance.

Il avait d'abord pensé que ce paquet précieux renfermait quelques caïeux nouvellement venus du Bengale ou de Ceylan; mais il avait réfléchi bien vite que Corneille cultivait peu les tulipes et ne s'occupait guère que de l'homme, mauvaise plante bien moins agréable à voir et surtout bien plus difficile à faire fleurir.

Il en revint donc à cette idée que ce paquet contenait purement et simplement des papiers et que ces papiers renfermaient de la politique.

Mais pourquoi des papiers renfermant de la politique à Cornélius, qui non seulement était, mais se vantait d'être entièrement étranger à cette science, bien autrement obscure, à son avis, que la chimie et même que l'alchimie?

C'était un dépôt sans doute que Corneille, déjà menacé par l'impopularité dont commençaient à l'honorer ses compatriotes, remettait à son filleul van Baërle, et la chose était d'autant plus adroite de la part du ruward, que certes ce n'était pas chez Cornélius, étranger à toute intrigue, que l'on irait poursuivre ce dépôt.

D'ailleurs, si le paquet eût contenu des caïeux, Boxtel connaissait son voisin; Cornélius n'y eût pas tenu, et il eût à l'instant même apprécié, en l'étudiant en amateur, la valeur des présents qu'il recevait.

Tout au contraire, Cornélius avait respectueusement reçu le dépôt des mains du ruward, et l'avait, respectueusement toujours, mis dans un tiroir, le poussant au fond, d'abord sans doute pour qu'il ne fût point vu, ensuite pour qu'il ne prît pas une trop grande partie de la place réservée à ses oignons.