—Et que dit-on? demanda Boxtel.
—Dame! monsieur, on dit, mais cela n'est pas bien sûr, on dit que les bourgeois doivent être à cette heure en train d'assassiner M. Corneille et M. Jean de Witt.
—Oh! murmura ou plutôt râla Boxtel en fermant les yeux pour ne pas voir la terrible image qui s'offrait sans doute à son regard.
—Diable! fit le valet en sortant, il faut que mynheer Isaac Boxtel soit bien malade pour n'avoir pas sauté en bas du lit à une pareille nouvelle.
En effet Isaac Boxtel était bien malade, malade comme un homme qui vient d'assassiner un autre homme. Mais il avait assassiné cet homme dans un double but; le premier était accompli; restait à accomplir le second. La nuit vint. C'était la nuit qu'attendait Boxtel.
La nuit venue, il se leva.
Puis il monta dans son sycomore.
Il avait bien calculé: personne ne songeait à garder le jardin; maison et domestiques étaient sens dessus dessous.
Il entendit successivement sonner dix heures, onze heures, minuit.
À minuit, le cœur bondissant, les mains tremblantes, le visage livide, il descendit de son arbre, prit une échelle, l'appliqua contre le mur, monta jusqu'à l'avant-dernier échelon et écouta.