Il était seulement douteux aux yeux des juges que cette correspondance lui eût été remise par son parrain, Corneille de Witt.

Mais, comme depuis la mort des deux martyrs, Cornélius van Baërle n'avait plus rien à ménager, non seulement il ne nia point que le dépôt lui eût été confié par Corneille en personne, mais encore il raconta comment, de quelle façon et dans quelle circonstance le dépôt lui avait été confié.

Cette confidence impliquait le filleul dans le crime du parrain.

Il y avait complicité patente entre Corneille et Cornélius.

Cornélius ne se borna point à cet aveu: il dit toute la vérité à l'endroit de ses sympathies, de ses habitudes, de ses familiarités. Il dit son indifférence en politique, son amour pour l'étude, pour les arts, pour les sciences et pour les fleurs. Il raconta que jamais, depuis le jour où Corneille était venu à Dordrecht et lui avait confié ce dépôt, ce dépôt n'avait été touché ni même aperçu par le dépositaire.

On lui objecta qu'à cet égard il était impossible qu'il dît la vérité, puisque les papiers étaient justement enfermés dans une armoire où chaque jour il plongeait la main et les yeux.

Cornélius répondit que cela était vrai; mais qu'il ne mettait la main dans le tiroir que pour s'assurer que ses oignons étaient bien secs, mais qu'il n'y plongeait les yeux que pour s'assurer si ses oignons commençaient à germer.

On lui objecta que sa prétendue indifférence à l'égard de ce dépôt ne pouvait se soutenir raisonnablement, parce qu'il était impossible qu'ayant reçu un pareil dépôt de la main de son parrain, il n'en connût pas l'importance.

Ce à quoi il répondit: que son parrain Corneille l'aimait trop et surtout était un homme trop sage pour lui avoir rien dit de la teneur de ces papiers, puisque cette confidence n'eût servi qu'à tourmenter le dépositaire.

On lui objecta que si M. de Witt avait agi de la sorte, il eût joint au paquet, en cas d'accident, un certificat constatant que son filleul était complètement étranger à cette correspondance, ou bien, pendant son procès, lui eût écrit quelque lettre qui pût servir à sa justification.