—Chez un maître tanneur, enfin, pourquoi, demanda Maurice, cette harpe, ce piano, ces pastels que vous m'avez avoué être votre ouvrage? Pourquoi, enfin, cette aristocratie que je déteste chez les autres, et que j'adore chez vous?
Geneviève fixa sur Maurice un regard plein de candeur.
—Merci, dit-elle, de cette question: elle me prouve que vous êtes un homme délicat et que vous ne vous êtes jamais informé de moi à personne.
—Jamais, madame, dit Maurice; j'ai un ami dévoué qui mourrait pour moi, j'ai cent camarades qui sont prêts à marcher partout où je les conduirai; mais de tous ces cœurs, lorsqu'il s'agit d'une femme, et d'une femme comme Geneviève surtout, je n'en connais qu'un seul auquel je me fie, et c'est le mien.
—Merci, Maurice, dit la jeune femme. Je vous apprendrai moi-même alors tout ce que vous désirez savoir.
—Votre nom de jeune fille, d'abord? demanda Maurice. Je ne vous connais que sous votre nom de femme.
Geneviève comprit l'égoïsme amoureux de cette question et sourit.
—Geneviève du Treilly, dit-elle. Maurice répéta:
—Geneviève du Treilly!
—Ma famille, continua Geneviève, était ruinée depuis la guerre d'Amérique, à laquelle avaient pris part mon père et mon frère aîné.