—Oui; mais il ne me paraît pas péremptoire. D'abord, il ne figure pas dans le Moniteur, puis nous ne sommes ni sur le Pinde ni sur le Parnasse; ensuite, il ne fait pas jour; enfin, la citoyenne n'est peut-être ni jeune, ni belle, ni gracieuse.

—Je parie le contraire, dit Lorin. Voyons, citoyenne, prouve-moi que j'ai raison, baisse ta coiffe et que tout le monde puisse juger si tu es dans les conditions du décret.

—Ah! monsieur, dit la jeune femme en se pressant contre Maurice, après m'avoir protégée contre vos ennemis, protégez-moi contre vos amis, je vous en supplie.

—Voyez-vous, voyez-vous, dit le chef des enrôlés, elle se cache. M'est avis que c'est quelque espionne des aristocrates, quelque drôlesse, quelque coureuse de nuit.

—Oh! monsieur, dit la jeune femme en faisant faire un pas en avant à Maurice et en découvrant un visage ravissant de jeunesse, de beauté et de distinction, que la clarté du réverbère éclaira. Oh! regardez-moi; ai-je l'air d'être ce qu'ils disent?

Maurice demeura ébloui. Jamais il n'avait rien rêvé de pareil à ce qu'il venait de voir. Nous disons à ce qu'il venait de voir, car l'inconnue avait voilé de nouveau son visage presque aussi rapidement qu'elle l'avait découvert.

—Lorin, dit tout bas Maurice, réclame la prisonnière pour la conduire à ton poste; tu en as le droit, comme chef de patrouille.

—Bon! dit le jeune caporal, je comprends à demi-mot. Puis, se retournant vers l'inconnue:

—Allons, allons, la belle, continua-t-il, puisque vous ne voulez pas nous donner la preuve que vous êtes dans les conditions du décret, il faut nous suivre.

—Comment, vous suivre? dit le chef des enrôlés volontaires.