À quelques pas du général, au moment où il prononçait ces paroles, un capitaine de chasseurs et un soldat se tenaient à l'écart: l'un appuyé sur son fusil, l'autre assis sur un canon.
—Avez-vous entendu? dit à demi-voix le capitaine au soldat; Maurice n'est point encore arrivé.
—Oui, mais il arrivera, soyez tranquille, à moins qu'il ne soit d'émeute.
—S'il pouvait ne pas venir, dit le capitaine, je vous placerais en sentinelle sur l'escalier, et, comme elle montera probablement à la tour, vous pourriez lui dire un mot.
En ce moment, un homme, qu'on reconnut pour un municipal à son écharpe tricolore, entra; seulement, cet homme était inconnu du capitaine et du chasseur, aussi leurs yeux se fixèrent-ils sur lui.
—Citoyen général, dit le nouveau venu en s'adressant à Santerre, je te prie de m'accepter en place du citoyen Maurice Lindey, qui est malade; voici le certificat du médecin; mon tour de garde arrivait dans huit jours, je permute avec lui; dans huit jours, il fera mon service, comme je vais faire aujourd'hui le sien.
—Si, toutefois, les Capet et les Capettes vivent encore huit jours, dit un des municipaux.
Santerre répondit par un petit sourire à la plaisanterie de ce zélé; puis, se tournant vers le mandataire de Maurice:
—C'est bien, dit-il, va signer sur le registre à la place de Maurice Lindey, et consigne, à la colonne des observations, les causes de cette mutation.
Cependant le capitaine et le chasseur s'étaient regardés avec une surprise joyeuse.