—Madame, dit Maurice, vous voyez ce qui se passe et vous devinez ce qui va se passer; dans cinq minutes, dix ou onze hommes vont s'égorger pour vous. La cause qu'ont embrassée ceux qui veulent vous défendre mérite-t-elle le sang qu'elle va faire couler?
—Monsieur, répondit l'inconnue en joignant les mains, je ne puis vous dire qu'une chose, une seule: c'est que, si vous me laissez arrêter, il en résultera pour moi et pour d'autres encore des malheurs si grands, que, plutôt que de m'abandonner, je vous supplierai de me percer le cœur avec l'arme que vous tenez dans la main et de jeter mon cadavre dans la Seine.
—C'est bien, madame, répondit Maurice, je prends tout sur moi.
Et laissant retomber les mains de la belle inconnue qu'il tenait dans les siennes:
—Citoyens, dit-il aux gardes nationaux, comme votre officier, comme patriote, comme Français, je vous ordonne de protéger cette femme. Et toi, Lorin, si toute cette canaille dit un mot, à la baïonnette!
—Apprêtez... armes! dit Lorin.
—Oh! mon Dieu! mon Dieu! s'écria l'inconnue en enveloppant sa tête de son capuchon et en s'appuyant contre une borne. Oh! mon Dieu! protégez-le.
Les enrôlés volontaires essayèrent de se mettre en défense. L'un d'eux tira même un coup de pistolet dont la balle traversa le chapeau de Maurice.
—Croisez baïonnettes, dit Lorin. Ram plan, plan, plan, plan, plan, plan.
Il y eut alors dans les ténèbres un moment de lutte et de confusion pendant lequel on entendit une ou deux détonations d'armes à feu, puis des imprécations, des cris, des blasphèmes; mais personne ne vint, car, ainsi que nous l'avons dit, il était sourdement question de massacre, et l'on crut que c'était le massacre qui commençait. Deux ou trois fenêtres seulement s'ouvrirent pour se refermer aussitôt.